Alors que la crise du logement s’enlise, le secteur du bâtiment traverse un automne morose, marqué par une incertitude politique persistante et un manque de perspectives. Auditionné au Sénat, Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), a dressé un constat alarmant : baisse de l’activité, destructions d’emplois, blocage de la rénovation… et aucun cap défini à l’horizon. L’instabilité ministérielle – avec un neuvième ministre en cinq ans – illustre l’absence de stratégie pérenne, alors que ce secteur requiert une vision à long terme. À l’aube des discussions budgétaires, la FFB déplore des arbitrages sans cesse repoussés, freinant toute relance du logement.

Les chiffres confirment cette dégradation : une contraction de 3,4 % de l’activité est attendue en 2025, après déjà 65 000 emplois perdus, et une projection pessimiste de 120 000 à 130 000 postes supprimés d’ici 2026. Dans ce contexte, la formation reste un rare motif de satisfaction, avec un record de 100 000 apprentis accueillis en 2024. Concernant la construction neuve, la situation est critique : les mises en chantier ont chuté de 60 % depuis 2023. Toutefois, le prêt à taux zéro (PTZ), récemment élargi à l’ensemble du territoire pour l’achat de maisons individuelles, a stimulé ce segment avec une progression de 40 % des ventes en 2025. À l’inverse, l’immobilier collectif et l’investissement locatif s’effondrent, faute de relais au dispositif Pinel.

Enfin, la rénovation énergétique, pourtant centrale, recule de 2,5 % en 2025. La FFB fustige l’instabilité de MaPrimeRénov, qualifiée de dispositif illisible et dicté par des logiques d’économies budgétaires. Le président de la FFB déplore l’exclusion de certaines aides, notamment pour l’isolation et les chaudières biomasse. Quant à la réglementation environnementale RE2020, bien que révisée grâce aux professionnels, elle aurait empêché la construction de 200 000 logements en raison de surcoûts excessifs. La future RE2028, quant à elle, inquiète déjà, les matériaux conformes n’étant disponibles qu’à 40 %.